Faut-il déchirer le papier ?

Nombreux sont ceux qui prédisent la mort du papier. Gommé par la révolution numérique et la dématérialisation qui l’accompagne, l’écrit ne se lirait désormais plus que sur écran. Difficultés de la presse papier, accès facile et illimité à l’information via internet, les preuves que le papier appartient au passé seraient-elles sans appel ?

Du confort de lecture

Le papier est loin d’avoir disparu de nos habitudes. Face aux liseuses numériques et aux e-books, l’industrie du livre ne se porte pas si mal. D’ailleurs, peut-être que certains d’entre vous choisiront d’imprimer ces réflexions pour les lire plus confortablement.

“… la vitesse de lecture sur écran est inférieure d’au moins 25 % à celle sur papier”

Selon une étude[1] menée en 2014 auprès de français-es par le Syndicat de la Presse Sociale (SPS), 59 % des gens préfèrent le papier pour lire un texte de façon approfondie. Et pour cause, selon Claire Belisle, ingénieure de recherche au CNRS, la vitesse de lecture sur écran est inférieure d’au moins 25 % à celle sur papier[2] ! Une différence qui s’explique par le confort de lecture, lié notamment à la définition du texte (72 dpi sur écran contre de 300 à 1000 sur papier), ou encore aux conditions lumineuses (ex : le rétro-éclairage de l’écran)…

Le papier, support de luxe ?

Selon cette même étude, 75 % des français-es préfèrent les formats numériques pour aller à l’essentiel et près de la moitié d’entre eux les choisissent pour partager de l’information. On voit donc un contraste assez net entre les supports web – privilégiés pour l’instantané, la synthèse – et le papier, préféré pour l’analyse, le temps long.

“… le papier nous déconnecte”

Toujours bien vivant, le papier s’est déplacé vers des usages complémentaires à ceux des écrans. Face aux écrits numériques qui nous submergent, il devient presque un objet haut de gamme que l’on apprécie recevoir et lire en prenant son temps. Le toucher du doigt, et même le déchirer, reste une expérience sensorielle particulière. Sur un magazine, le graphisme, l’impression et le façonnage nous offrent des combinaisons et richesses de sensations supérieures aux mises en pages standardisées des sites d’informations. Autre caractéristique non moins appréciable, le papier nous déconnecte d’un flux continu d’informations dont on commence à percevoir les effets négatifs : éparpillement de l’attention, surcharge cognitive, stress, hyperconnexion…

Quant à la complémentarité entre ces deux supports : dans nos systèmes d’information, les formats écrans se prêtent davantage à la quantité rapide là où le papier, d’accès plus lent, privilégie plutôt la qualité[3], la concentration.

Et en communication interne : disponible ou distribuée ?

Progressivement au cours des dernières années, pour des raisons d’économie, pour limiter leur empreinte écologique ou sous prétexte de modernité, nombre d’organisations ont choisi d’abandonner leurs journaux internes au profit de plateformes d’actualités en ligne, accessibles via les intranets ou les réseaux sociaux d’entreprise. Pourtant ces migrations de l’information n’ont pas toujours eu le succès escompté, loin de là, et bien des organisations ont décidé de faire marche arrière.

En effet, des managers ont concrètement pu observer qu’au bas des prestigieuses tours de La Défense par exemple, c’est par des tracts papiers donnés de la main à la main que les salariés étaient les mieux sensibilisés… aux messages des partenaires sociaux ! Certains en ont vite tiré les conclusions…

Finalement, si l’écran se prête à rendre disponible l’information, le papier permet à l’information d’être physiquement distribuée et de restaurer un contact entre l’émetteur et ses destinataires. Il importe de marier les deux pour être efficace sur toute la ligne. En communication interne : il faut avant tout bien se faire recevoir !

Tiens, ça me donne une idée !

  • Et si on s’attaquait à l’idée que « papier » ne s’accorde pas avec « modernité » ?
  • Et si on réalisait une enquête auprès des collaborateurs pour évaluer leurs pratiques concernant les supports numériques/papiers ?
  • Et si on créait et diffusait des chartes rédactionnelles distinctes pour profiter au mieux des avantages offerts par les différents supports ?
  • Et si on animait une formation destinée à ceux qui rédigent les messages de l’entreprise pour les sensibiliser aux codes d’écriture print/web ?
  • Et si…

Pour conclure sur une note légère de 38 secondes :

D'autres idées


[1] Etude sur les comportements de lecture, « papier versus numérique » (http://www.sps.fr/assets/SPS-SYNTHESE-SEPREM-finale.pdf)

[2] Claire Beslile (coord.) La lecture numérique: réalités, enjeux et perspectives, Presses de l’ENSSIB, 2004. (http://www.enssib.fr/sites/www/files/documents/presses-enssib/ebooks/lecture-numerique_ebook.pdf)

[3] Précisons qu’il n’est pas interdit de faire de la qualité sur écran !

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