Patron, on m’a volé mon bureau !

Si le développement des openspaces avait déjà bouleversé la vie des bureaux, aujourd’hui, les nouveaux lieux de travail s’appellent espaces de coworking, flex-offices ou tout simplement, home sweet home, puisque l’anglais semble être de rigueur dans le domaine. Leur généralisation témoigne de la nécessité de travailler différemment, d’optimiser l’occupation de l’espace et, dans un même temps, de la prise de conscience des employeurs concernant l’impact de la qualité de vie au travail sur la production des collaborateurs.

Le choix d’une organisation élastique

Photo d'un espace de coworkingPartant de l’idée d’un travail différent, plusieurs grandes entreprises ont fait le choix ces dernières années de déménager dans de nouveaux locaux ultra-modernes, pensés pour la collaboration, le confort, voire le plaisir. Pour cela, elles misent sur des lieux « sans bureaux fixes », dans lesquels les collaborateurs changent d’espaces selon les nécessités. Un ensemble de bureaux équipés en libre accès pour les collaborateurs, des casiers pour stocker leurs affaires, une application mobile pour géolocaliser leurs collègues, trouver un bureau libre ou réserver une salle de réunion… et des espaces dédiés à la détente : cafétéria, salle de projection, gymnase, ou d’autres !

Nokia, Cetelem, Deloitte ou encore l’agence de publicité BETC ont fait le choix d’emménager dans ce type de locaux. Leur objectif : proposer à leurs salariés des espaces de travail plus ouverts, plus propices aux rencontres et à la collaboration. Dans cet esprit, BETC a même fait le choix d’accueillir au sein de leurs locaux des espaces de coworking afin que la présence des start-ups dynamise l’ambiance de travail.

L’essor du télétravail

un teletravailleur travaille depuis son canapéEn parallèle de ces lieux de travail ultra-modernes entièrement dédiés à la collaboration, les organisations voient également se développer le télétravail, plébiscité par les salariés : 72 % des Français considèrent que travailler plus souvent chez soi peut permettre de gagner en efficacité et 70 % d’entre eux estiment que le télétravail est une bonne chose pour leur rythme de vie. Cette dernière affirmation est d’ailleurs encore plus vraie pour les Franciliens qui l’approuvent à 77 %[1].

En effet, en travaillant un ou plusieurs jours par semaine depuis leur domicile, les télétravailleurs s’épargnent un temps de transport conséquent (1h06 par jour en moyenne en Ile-de-France[2]) qu’ils peuvent réemployer pour leur travail, ou leur vie personnelle. En même temps, ils travaillent dans leur propre logement, sont moins interrompus qu’ils peuvent l’être au bureau et peuvent donc travailler plus efficacement. Un système en principe gagnant-gagnant !

Quand les nouveaux lieux de travail nous conduisent dans le décor…

Pourtant, le télétravail n’est pas toujours un long fleuve tranquille, tant du point de vue des équipes que de celui des salariés ! Dans certains cas, l’introduction du travail à la maison grâce aux TIC tend à brouiller encore un peu plus les frontières entre vie personnelle et professionnelle, avec pour conséquences des situations d’hyperconnexion voire d’épuisement professionnel[3]… D’autre part, les salariés qui travaillent majoritairement chez eux peuvent souffrir de l’isolement puisque le travail (et le lieu de travail) restent des sources majeures de socialisation et d’échanges.

Du côté de l’entreprise, le télétravail peut avoir pour conséquence de réduire la coopération dans et entre les équipes. En effet, l’absence régulière d’un ou plusieurs membres peut réduire l’esprit de groupe et la cohésion d’un service. De plus, l’absence d’une personne peut donner à ses collègues l’impression de son indisponibilité, les incitant alors à remettre à plus tard une sollicitation voire à y renoncer.

“Du côté de l’entreprise, le télétravail peut avoir pour conséquence de réduire la coopération dans et entre les équipes…”

Les flex-offices aussi, paradoxalement, peuvent dans certains cas nuire au travail collectif. Sans leurs bureaux attitrés, les salariés risquent de perdre la proximité d’équipes qu’ils fréquentent moins systématiquement.

Enfin, l’organisation sans bureau fixe, bien qu’elle veuille prendre en considération les attentes et le bien-être des salariés peut paradoxalement s’avérer aliénante. Dans ces bureaux 2.0, les salariés privés d’espaces personnels ne peuvent plus s’approprier leur espace de travail, se constituer des repères en quelque sorte. En bref, les flex-offices peuvent également être perçus comme des espaces standardisés et donner aux salariés l’impression d’être considérés comme une main d’œuvre anonyme : tout le contraire du but recherché !

Le lieu de travail idéal : un challenge collectif plus qu’une solution miracle

une rangée de bureaux uniformes dans une usine tayloriste

Les flex-offices reproduisent-elles certaines erreurs du taylorisme ?

En fin de compte, l’application d’une vision excessivement individualiste du télétravail peut conduire à certaines dérives : hyperconnexion, isolement, perte de l’esprit d’équipe… À l’inverse dans les flex-offices, c’est l’envie de favoriser la collaboration à tout prix qui peut conduire à oublier l’individu au travail !

Le lieu de travail, sujet complexe, concerne à la fois l’entreprise et le salarié en tant qu’individu, travailleur, membre d’une équipe… Pour tenir compte de cette complexité, le changement des modes de travail doit donner lieu à une discussion collective. Donner la parole aux différentes parties prenantes pour faire émerger les bonnes idées, définir ensemble des modalités de fonctionnement et redessiner les frontières de l’entreprise effacées par les TIC, impliquer l’organisation tout entière dans le changement… Une affaire de communication interne en somme !

Tiens, ça me donne une idée !

  • Et si on créait un groupe de réflexion pour rédiger une charte du télétravail, clarifier ses droits et ses devoirs ?
  • Et si on organisait une discussion collective, avec l’aide d’un spécialiste, au niveau même des équipes, et cela afin d’être au plus proche des besoins particuliers de chaque service ?
  • Et si on commençait par une expérience de quelques mois avec un groupe test, suivie d’un bilan pour la suite ?
  • Et si, pour remettre du lien dans le travail, on aidait les collaborateurs à mieux connaître les collègues qu’ils croisent ? Par exemple en diffusant des portraits de collaborateurs grâce à un trombinoscope, de l’affichage, des clips vidéos…
  • Et si…

D'autres idées


[1] Selon une enquête Ipsos menée en 2016 sur un échantillon de 2183 français pour Revolution@work : Télétravail, les Français adhérent !

[2] Selon une étude de la DARES datant de 2015

[3] Entreprises, quand le télétravail vire au cauchemar, Challenges

Nous partager sur...