‘Demain le travail’ : retour sur le forum

Riche d’enseignement, le forum “Demain le travail”[1] aura été l’occasion de dresser un état des lieux de l’actualité et des futurs possibles du travail, qui concerne les directions d’entreprise comme les communicants internes. Retour sur les idées phares de cette journée…

Au cours de cette journée, un constat général s’est rapidement dégagé : le travail et les statuts qui l’encadrent sont transformés. L’arrivée des technologies numériques, la raréfaction du travail, l’entrée progressive dans la vie active des nouvelles générations[2] mettent l’innovation, la créativité et le développement de nouveaux projets au centre du jeu.

Les principales évolutions du travail en 2017, François Morel, avocat, les décrit fort justement : on assiste aujourd’hui à l’éclatement des trois unités du théâtre classique au temps des grecs. Finie l’unité de temps puisque le travail déborde maintenant sur la vie personnelle et inversement, oubliée l’unité de lieu avec le télétravail et le travail en réseau, terminée l’unité d’action alors que les nouveaux professionnels zappent de projet en projet au fil de l’actualité et que les slasheurs[3] mènent en parallèle plusieurs activités.

Demain, la fin du salariat ?

De nombreux intervenants ont souligné que l’on assistait aujourd’hui à un réel développement des formes de travail indépendantes telles que l’entreprenariat et le portage salarial. Celles-ci sont facilitées par des facteurs structurels tels que le développement des technologies de travail en réseau, par la volonté des employeurs d’assouplir le cadre de l’emploi, mais également par l’envie des salariés, des plus jeunes notamment, de s’émanciper du rapport de subordination qui caractérise le salariat.

Néanmoins peut-on creuser dès aujourd’hui la tombe du travail salarié ? Surement pas selon Caroline Chevrier, déléguée générale à l’emploi et à la formation professionnelle au ministère du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, qui rappelle que 89% des travailleurs sont encore salariés aujourd’hui. Même si de nombreux travailleurs envisagent la voie de l’entreprenariat (environ un tiers de Français selon Dominique Restino, vice-président de l’Agence France Entrepreneurs), il s’agit d’un chemin difficile, pas toujours bien vécu par les travailleurs. En effet, comme le dit Patrick Levy-Waitz, président d’ITG, « les entrepreneurs vivent moins bien que les travailleurs salariés ».

Toujours dans cette vision plus critique de l’entreprenariat, Alain Petitjean, directeur de la communication du groupe Alpha, a pris l’exemple du secteur du BTP. Selon lui au cours de la dernière décennie, ce secteur a vu sa productivité baisser après que le travail indépendant se soit largement développé au détriment du salariat : de quoi remettre en question les habituelles représentations des salariés moins durs à la tâche que les entrepreneurs.

Le monde du travail à toute vitesse

Autre thème d’importance au cours de cette journée, celui de la vitesse et de l’accélération qui marquent notre époque. François Taddei, biologiste de formation, illustre cette accélération en citant le lapin blanc de Lewis Caroll « Ici voyez-vous, il faut courir aussi fort que l’on peut simplement pour rester au même endroit. Si l’on veut se rendre ailleurs, il faut courir encore au moins deux fois plus vite ». Au-delà de cette comparaison qui prête à sourire, un message fort : pour suivre la fuite en avant du monde, il faut  soi-même rester en permanence en mouvement. Les intervenants de cette journée s’accordaient à dire que de 60% à 80% des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui. Dans ce contexte mouvant (liquide même ?[4]), la formation et l’apprentissage permanents constituent pour les individus un moteur qui leur permet de s’adapter au gré des évolutions technologiques et des pratiques professionnelles.

…il faut soi-même rester en permanence en mouvement

Ce nouveau portrait du travail, dynamique, toujours en mouvement, toujours en train d’apprendre et d’inventer de nouveaux processus est enthousiasmant. Il rompt avec la représentation d’un travail source d’ennui voire de souffrance pour lui (re-)donner toute sa fonction sociale et identitaire. Benjamin Dupays, jeune entrepreneur et fondateur de la start-up Centiméo évoque l’importance de cet aspect moins économique qu’humain du travail en témoignant de son expérience personnelle « On ne vient pas au travail pour gagner de l’argent, on vient plus au travail pour se réaliser ».

Bonheur au travail, créativité… La communication interne plus nécessaire que jamais ?

Néanmoins, certains intervenants dénonçaient également le pendant négatif du travail d’aujourd’hui et de demain. Gilles Finchelstein, directeur de la fondation Jean-Jaurès, a par exemple livré des chiffres alarmants sur le rapport des Français à leur travail : 25% d’entre eux se disent malheureux au travail, 50% d’entre eux se disent trop fatigués en rentrant chez eux pour profiter de leur vie personnelle. Cela nous conduit à formuler a minima un objectif : compte-tenu de la réalité du travail aujourd’hui, il faut aider les salariés et les travailleurs en général à se réaliser dans le travail plutôt que de le subir. Mais comment faire ?

Selon l’écologiste Yannick Jadot, l’écoute et la reconnaissance constituent la première demande des salariés, avant même l’importance de leur salaire. La communication interne a donc un rôle à jouer pour développer le sentiment de reconnaissance des salariés et les aider à se construire une identité positive autour de leur travail. Pour cela les moyens à mettre en place sont nombreux : il peut s’agir de moments d’échanges instaurés au sein des équipes, de la mise en place d’espaces d’expression libre dans l’entreprise ou par exemple d’une boîte à idées. L’ensemble de ces dispositifs ont un point commun : ils permettent aux travailleurs de tous niveaux de s’exprimer, de donner leurs points de vue, de pointer du doigt les difficultés, mais également de contribuer aux solutions.

L’écoute et la reconnaissance constituent la première demande des salariés avant même l’importance de leur salaire

Au-delà de la qualité de vie au travail à laquelle elle contribue, cette démarche d’écoute et de consultation permanente est également un moteur de créativité et d’innovation dans l’organisation. En effet, celle-ci se nourrit toujours davantage d’un bain collectif des idées que d’un effort individuel ; l’exemple du brainstorming nous en convainc.

Autre exemple de cette démarche créative poussée à son bout : les Fab Labs[5]. François Taddei a commenté les résultats obtenus par l’un des premiers Fab Lab au monde, créé dans une région rurale de l’Inde. Celui-ci a réuni des jeunes en décrochage scolaire qui ont été invités à aller rencontrer les paysans de la région, à discuter avec eux des problèmes qu’ils rencontraient et à leur trouver des solutions dans le laboratoire. Ce processus, nous décrit le biologiste, est marqué par l’itération : souvent il a fallu plusieurs échecs et allers-retours pour que les jeunes trouvent les bonnes solutions, mais il a permis le développement de nombreuses innovations.

Les Fab Labs sont un exemple poussé de cette démarche de maïeutique des idées qui peut prendre sa place dans les organisations. Favoriser l’intraprenariat, une manière intelligente de conjuguer le besoin d’innovation des organisations, le besoin d’écoute et de reconnaissance des travailleurs et l’envie de lancer des projets des nouvelles générations qui rentrent dans le monde du travail.

Au vu des transformations évoquées dans ce forum et bien vécues au dehors, peut-être que le mot “travail” mérite d’être réinventé… Encore un défi collectif !


[1] “Demain le travail” a été organisé le 20 janvier 2017 par le quotidien Libération à la Grande Halle de La Villette à Paris, dans le cadre du Salon du Travail et de la Mobilité Professionnelle

[2] Cf “Vieux !* Comment échanger et travailler avec les jeunes ?”

[3] Les slasheurs, en référence au « / » du clavier qui marque une séparation entre deux idées, sont les travailleurs qui cumulent en parallèle plusieurs professions http://www.leparisien.fr/espace-premium/actu/vive-la-double-vie-professionnelle-08-10-2015-5164389.php

[4] Zygmunt Bauman, sociologue, a détaillé au cours de plusieurs ouvrages sa vision d’une société devenue ‘liquide’, dans laquelle les individus sont plongés sans pouvoir s’appuyer sur des repères solides et stables. L’amour ou encore le travail n’y sont que des états passagers qui fluctuent dans le temps  https://www.scienceshumaines.com/zygmunt-bauman-et-la-societe-liquide_fr_31678.html

[5] Contraction de “Fabrication Laboratory” : un espace de travail libre et partagé afin de réunir les idées et les savoir-faire pour développer des solutions innovantes

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